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La Fabrique du Nous

Fermeture temporaire des expositions

du  au 

Espace Info Villeurbanne

Rituel·le·s à l'IAC
Maïté Marra DURGENCE LAMOUR à URDLA
Anaëlle Vanel, Mais, dit-on, il y a des obscurités à l'Espace info de Villeurbanne

L’Institut d’art contemporain, URDLA et leurs voisins (La Résidence Gustave Prost, le Village ø avec Pistyles et Atome) ouvrent une nouvelle manifestation destinée à se renouveler tous les deux ans à Villeurbanne : La Fabrique du Nous, une invitation à la création et à la rencontre à l’échelle du territoire. Comment apprendre ensemble à construire du lien avec l’art en partage ?

Dans cet esprit d’ouverture aux habitants de Villeurbanne, l’IAC et URDLA étendent leurs activités à la rue en y multipliant les temps de rencontres artistiques imaginées à partir de leurs expositions. D’URDLA à l’IAC en passant par La Ferme des artisans, ce sont autant de moments partagés proposés par les artistes sous la forme de rituels, de marches, de danses, de lectures, d’ateliers…

La Fabrique du Nous, c’est aussi une École initiée par le Laboratoire espace cerveau pour expérimenter d’autres modes de relations à partir de l'expérience sensible que l'art nous propose. C'est également y découvrir les recherches croisées d’artistes et de scientifiques susceptibles d'interroger notre vision du monde pour nous transformer.

Pour sa première édition, La Fabrique du Nous a choisi de s’appuyer sur les pratiques de rituels portés principalement par des artistes femmes pour la force de lien que celles-ci génèrent. Alors qu’elle devait ouvrir au printemps, printemps qui nous a échappé, celle-ci s’inaugure à l'automne. Plus qu’un défi en ces temps de distance physique imposée, La Fabrique du Nous apparaît comme une respiration, un souffle. En célébrant le solstice d'hiver, les artistes nous invitent à préparer le printemps prochain, le renouveau : ensemble et solidaire, apprendre à fabriquer du nous, plus que jamais.

Les équipes de l'IAC & URDLA

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La Fabrique du Nous se déploie dans et à partir d'une topographie symbolique et poétique.
Elle s’appuie sur un lexique propre, commun aux porteurs du projet qui détourne les codes traditionnels de la carte et du plan.
La Fabrique du Nous se construit autour des habitants et pour tou·te·s, sur :
Deux sources, l’IAC et URDLA avec deux expositions et l’École du Laboratoire (IAC)
→ Des rituels comme autant de temps d’échanges et de partage sous une forme performative mêlant ateliers, danses, lectures, projection, etc.
Des chemins : deux marches dans l’espace urbain prenant l’IAC et URDLA comme points de départ et d’arrivée
 Un relais et une étape, deux points d’ancrage sur le territoire de Villeurbanne, à l'Espace Info de la Ville de Villeurbanne et à La Ferme des artisans.
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RITUEL·LE·S À L'IAC

Avec : Magdalena Abakanowicz, Bertille Bak, Clarissa Baumann, Tiphaine Calmettes, Charlotte Cherici, Adélaïde Feriot, Amélie Giacomini et Laura Sellies, Célia Gondol, Lola Gonzàlez, Louise Hervé & Clovis Maillet, Shirazeh Houshiary, Suzanne Husky, Seulgi Lee, Maria Loboda, Sandra Lorenzi, Ana Mendieta, Cynthia Montier & Ophélie Naessens, Gina Pane, Lygia Pape, Adrian Piper, Stéphanie Raimondi, Charwei Tsai.

À l’occasion du lancement de La Fabrique du Nous, l’IAC présente l’exposition Rituel·le·s.
Le rituel, à la manière de l'art, inaugure et répète une série d’actes et de paroles codifiés. Religieux, magique ou quotidien, de passage, de purification ou d’envoûtement, il se situe entre le faire et l’être, le gestuel et le verbal. Symbolique, il permet l’apparition répétée de communautés relatives et du nous, au centre de ce projet.

La période hivernale qui accueille l’exposition nous invite à l’engourdissement, au retrait – comme ce qui a pu être vécu par certain·e·s lors du confinement – ce moment de latence peut aussi être un temps de préparation : la durée des jours n’augmente-t-elle pas dès le lendemain du solstice d’hiver ? Dans cette attente régénératrice, les rituels anciens ou nouveaux sont de possibles processus de transformation pour renouveler les récits et esquisser un autre rapport à notre milieu.

Cette exposition, résultat d'un travail d'équipe, entremêle des œuvres d’artistes de renommée historique telles que Lygia Pape, Gina Pane ou Adrian Piper, issues de la collection de l'IAC et autres collections publiques, avec celles d'artistes invitées, parmi lesquelles des participantes du Laboratoire espace cerveau. En reliant ces travaux d'artistes femmes de différentes générations, Rituel·le·s souhaite penser ensemble individu et collectif et placer l'expérience commune au cœur de son action.

Rituel·le·s trouve ses forces dans l’écoféminisme, mouvement activiste né dans les années 1980 aux États-Unis qui articule l'écologie au féminisme au sein d’actions pacifiques et créatives. Fruit de débats qui trouvent de nombreux échos aujourd’hui, la pensée écoféministe vise à déconstruire le concept de nature tout en pointant la domination conjointe exercée sur la nature et les femmes. Celles-ci luttent pour se réapproprier leur corps et le rapport à la Terre et au reste du vivant, notamment par l’intermédiaire de rituels sororaux1. L'exposition se nourrit de cet « art de la transformation de soi et du monde»  pour accorder le concept de rituel au féminin.

Polysémique et protéiforme, le rituel déploie une forte dimension performative et esthétique où la mise en scène des corps est déterminante. De nombreuses artistes femmes appréhendent justement leurs performances comme des rituels potentiels, des occasions de dessiner leur place - notre place - au sein du vivant par l’intermédiaire de gestes, d'objets, de moments de spiritualités partagées, d’incantations ou de cérémonies ; autant de voies alternatives pour relancer l'émancipation collective, encore.

En hommage à l’ensemble des femmes, majoritaires dans les secteurs d’activité essentiels au cours de la crise sanitaire, actrices de rituels de soin.


1 La sororité est un concept équivalent à celui de fraternité pour désigner le principe de solidarité et de communauté entre femmes.
2 Émilie Hache, préface de Starhawk, Rêver l’obscur. Femmes, magie et politique, Paris, Éditions Cambourakis, 2015, p.12.

Adélaïde Feriot, "Insulaire (avant l’orage), 2016" - Lancement de l'exposition "Rituel·le·s", 29.10.2020 from Institut d'art contemporain on Vimeo.

DURGENCE LAMOUR - Maïté marra À URDLA

Présence et absence du corps sont les problématiques centrales et communes aux deux expositions. Comment en cerner un contour et parvenir à le désigner à travers objets, mots et images1 ?

Née en 1992, Maïté Marra vit et travaille à Villeurbanne. Après avoir pratiqué la photographie durant un an au Canada, aux côtés de Jean-François Bérubé, elle intègre les Beaux-Arts de Lyon dont elle sera diplômée. Au cours de son cursus, elle effectue une année de césure pour se former à la céramique à l’École nationale supérieure des arts visuels de La Cambre. Jeune diplômée, Maïté Marra est accueillie en résidence à la Villa Médicis à Rome ou elle y présente les prémices de son travail avec l’objet scanner : un ensemble d’images prises en contact direct avec la vitre. Maïté Marra fait également partie de l’équipe de recherche Art Contemporain et Temps de l’Histoire des Beaux Arts de Lyon. À URDLA, elle interroge la fabrique singulière d’un nous sur le fil de la parade amoureuse à partir notamment de la figure érigée par le cinéma hollywoodien de Cary Grant.

Sentiment d’étrangeté entre l’immobilité et le mouvement de la lumière qui donnent à voir quelque chose de vivant mais fugace.

La proposition se déroule en deux temps, en premier lieu la présentation de Monument 600 dpi, installation immersive composée de dix écrans qui projettent de manière aléatoire soixante films. Le scanner, qui se met en marche pour capter une image à 600 dpi, constitue la seule lumière de ces espaces intimes, quotidiens. Il opère comme une machine à cinéma déterminant par mécanisme la durée d’apparition de l’image, éclaire les espaces, sculpte d’ombres mobiles les visages et les corps immobiles. Le visiteur, balayant du regard les différents écrans, est invité à réaliser son propre montage. Mais le scanner agit aussi comme une machine sensuelle : la lumière caresse les corps et les objets puis les abandonne. La lumière révèle et enregistre, archive et dévoile. Cette oscillation lente, qui donne le temps d’un regard immersif, tend le regardeur jusqu’au point d’étrangeté qui se teinte de mélancolie.

L’allumette, c’est l’apparition de l’image dans une forme d’aveuglement.

Le 14 novembre Monument 600 dpi s’éteindra pour laisser place à DURGENCE LAMOUR et à la figure de Cary Grant, précisément sa performance ambiguë dans North by Northwest (La Mort aux trousses) d’Alfred Hitchcock. La boîte d’allumettes, aux initiales du personnage Roger O. Thornhill, ROT, constitue, dans sa main, l’objet premier du départ du rituel. De son côté Eve Kendall entre dans la danse avec : « I never discuss love on an empty stomach. » Ça matche, ça allume des corps érotisés par les mots et l’image. Pourtant les corps de l’un et de l’autre sont politisés et socialisés par les pouvoirs s'exerçant sur eux. L'enchevêtrement des situations, les glissements d’images se faufilent entre les métaphores, les sous-entendus et les références au cinéma. La flamme de l’allumette qu’on craque aveugle plus qu’elle n’éclaire.

DURGENCE LAMOUR et les recherches autour de la figure de Cary Grant tentent d’être rebond, pirouette : trouver un ressort tragi-comique pour maintenir une forme de vitalité.

Maïté Marra invite à se saisir de la complexité et des finesses qui se dissimulent derrière les représentations archétypales. Cary Grant, issu des milieux du cirque et de la danse, n’est pas sans lien avec Polichinelle, personnage de l’improvisation, qui ne meurt jamais, qui ne cesse de renaître : corps-Janus qui rit quand il devrait pleurer, pleure quand il pourrait en rire, mange, défèque, dort… Fragmentation, éclatement, travestissement, retournements de situation, burlesque, cascades… La flamme est aussi bien celle de la séduction que celle du rituel, à l’origine du feu qui brûlera le bonhomme carnaval, marquant ainsi la fin de la saison froide et expiant les maux de la communauté.
DURGENCE LAMOUR est aussi un recueil que le visiteur pourra consulter et dont une lecture sera donnée par Romain Gandolphe le 19 novembre en soirée. Il rassemble des fragments arrachés à leur contexte, des écrits comme autant de souffles, comme ce qui déborde le corps.

Déplacement de motifs et de mots ainsi procède l’exposition qui transforme la problématique vertigineuse de la fabrication et de l’enregistrement de l’image au travail dans l’œuvre de Maïté Marra en une métaphore tragi-comique.


1 Maïté Marra, extrait d’un entretien enregistré le 30 septembre 2020

MAIS, DIT-ON, IL Y A DES OBSCURITÉS - ANAËLLE VANEL À L'ESPACE INFO 

L’IAC présente des tirages photographiques d’Anaëlle Vanel, Mais, dit-on, il y a des obscurités, 2019-2020.
L’exposition personnelle d’Anaëlle Vanel, fruit d’une résidence de recherche et de production sur le territoire du Forez–Est dans la Loire, s’inscrit dans La Fabrique du Nous comme le résultat d’une rencontre entre une jeune artiste, un territoire et ses habitants.
Avec sa collection et le dispositif Un territoire en trois temps dont le projet d’Anaëlle Vanel est issu, l’IAC interroge la construction d’un « nous » en tissant durablement des liens avec des territoires ruraux, des publics éloignés et des structures de diffusion locales. Au-delà d’une dynamique partenariale, cet ensemble de relations - entre proche et lointain, urbain et rural - incarne l’esprit de collectif, de mise en partage et de co-construction au centre de La Fabrique du Nous et des activités ex situ de l’IAC.
En 2019, et dans le cadre d’Un Territoire en Trois temps en Forez Est, elle est en résidence au Jeu de Paume à Cleppé et présente son travail au collège Michel de Montaigne à Balbigny.
IAC → EXPOSITIONS → in situ → La Fabrique du Nous
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imprimé le 04 décembre 2020 [23:40] depuis l'adresse IP : 35.153.39.7
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