1966-79

Commissaire de l'exposition : Laurent Montaron

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L’IAC invite l’artiste Laurent Montaron en tant que commissaire d’exposition à rassembler des artistes qui partagent un état d’esprit et qui cristallisent une certaine approche de la création actuelle. En ce début de XXIe siècle et sur fond d’accélération de la circulation des informations, les seize artistes présentés se réapproprient des gestes, des procédés et des techniques provenant d’un passé devenu si proche qu’il en devient constitutif du présent. Engager ce processus, c’est peut-être rompre avec la conception linéaire et occidentale du temps. C’est probablement également une manière d’ingérer la multitude des données propres à l’époque contemporaine.
L’exposition 1966-79 fait ainsi le choix de sonder l’empreinte et l’héritage des années 60 et 70 sur les artistes qu’elle réunit. Comme le précise Laurent Montaron, ces artistes ont en commun un intérêt pour la forme et relient leur propre expérience à ce que le temps a enfoui, sans nostalgie, mais en interrogeant le présent au regard du passé.
Depuis plusieurs années, l’IAC a noué des liens privilégiés avec Laurent Montaron, à travers la présentation d’une exposition monographique en 2009 et l’acquisition d’œuvres. Cette relation trouve aujourd’hui un nouveau prolongement avec l’exposition collective 1966-79, qui permet d’aborder la création comme moteur de constitution d’une collection en présentant des oeuvres qui pourraient prochainement être acquises par l’IAC.

Extraits d’un entretien de Laurent Montaron avec Nathalie Ergino - à paraître aux éditions Flammarion en septembre 2013 dans le catalogue des 30 ans des FRAC

Pourquoi avoir intitulé l'exposition que tu présentes à l'IAC 1966-79 ?
L’exposition collective 1966-79 rassemble seize artistes nés entre 1966 et 1980. Le titre interroge implicitement l'empreinte sur ces artistes de l’héritage artistique des années 60 et 70 et notre rapport à l'histoire.

Comment as-tu choisi les artistes de cette exposition ?
Il s'agit d'artistes que j'avais déjà rencontrés ; certains font partie de mon entourage. Je les ai choisis car je me sens proche de leurs recherches et des thèmes qu'ils abordent. Plus généralement, il me semble que leur travail est significatif d'une tendance actuelle de l'art. Beaucoup d'autres artistes auraient pu être présents dans cette exposition. Je n'essaye pas de circonscrire une famille mais de montrer quelques exemples d'une tendance de la création actuelle plus large.

Quels éléments particuliers de l’art conceptuel ont principalement marqué ton travail et celui des artistes que tu as invité à exposer à l’IAC ?
Les enjeux de l'art conceptuel étaient indissociables du contexte artistique où il est né. D'abord en réaction au formalisme de l'art de cette époque, il a été une tentative pour soustraire à l'œuvre d'art sa valeur marchande. Affranchis des contingences matérielles, les artistes apparentés à l'art conceptuel interrogeaient dans une totale liberté ce qui permettait à l'art d'être art et contribuaient aussi à renouveler le paradigme romantique. Les artistes conceptuels ont déplacé le centre de gravité des œuvres vers quelque chose qui tient de l'intellect.
L'utilisation de l'archive, la création de bases de données par certains artistes conceptuels sont annonciatrices des transformations qui ont façonné une société tertiaire. Ces formes anticipaient notre rapport actuel au monde : nous ne voulons rien laisser échapper. La rationalisation des connaissances et leur facilité d'accès ont permis de constituer des réseaux d'archives qui ne cesseront de s’enrichir. Nos espaces occidentaux sont marqués par la volonté de sauvegarder un patrimoine. Le fait de ne rien vouloir perdre est l’un des effets de l’idéologie libérale qui fait qu'aujourd'hui le passé est pleinement intégré au présent.

Que reste-t-il aujourd'hui de cet héritage conceptuel ?
Les enjeux de l'art actuel sont évidemment différents. La perte de la transmission de l'expérience, prophétisée par Walter Benjamin, n'a fait que croître, confirmant les prédictions de Marshall Mc Luhan ou encore de Gilles Lipovetsky sur les changements profonds qui allait être opérés. L'hyper-modernité de Gilles Lipovetsky a supplanté la postmodernité, et l'ère numérique a fini par dématérialiser les images, l'information et l'expérience de l'autre. L'art conceptuel a devancé ce que l'on peut énoncer comme l'ère de la dématérialisation.

Comment ces mutations résonnent-elles dans le travail des artistes de l'exposition ?
Les artistes réunis dans l'exposition 1966-79 ont en commun un souci de la forme. Le sens du terme dématérialisation fait aujourd'hui écho à un processus global d'informatisation plutôt qu'à une tentative d'échapper au marché. Nous sommes entrés dans une ère de rationalisation dans laquelle le support numérique et la dématérialisation ont supplanté la question de l'expérience au monde. Les artistes de l'exposition utilisent des références au passé mais il ne s'agit pas du sujet de l'œuvre. Ils proposent une relecture de procédés qui nous paraissent aujourd'hui acquis mais dont on a perdu le sens. On ne sait plus comment naît une image. Les outils contemporains tels que l'ordinateur, qui sont des vecteurs de savoir, nous séparent de la connaissance des procédés matériels.
Il s'agit pour ces artistes de relier chacune de leur expérience avec ce qui a été enfoui dans l'histoire passée, sans nostalgie, mais en interrogeant le présent au regard du passé. Ils ancrent leur travail dans des recherches qui s'apparenteraient à une forme d'archéologie des gestes, des procédés et des techniques, ce qui en somme passe par une re-matérialisation de l'œuvre d'art.

Les artistes semblent reliés par une même interrogation sur la persistance de l’œuvre dans le temps, dans la mémoire. En quoi ces travaux sont-ils traversés par la question du temps ?
L’accessibilité immédiate au passé à changé notre rapport au temps. Une information que l'on aura apprise au bout de quelques jours nous est désormais transmise en direct. Les artistes de l'exposition sont dans une réappropriation du passé. Ils questionnent la notion de progrès en faisant appel à des savoir-faire passés. Comprendre comment la couleur est née dans la photographie c'est aussi comprendre comment les images d'aujourd'hui façonnent une représentation du monde.
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i-ac.eu/fr/expositions/24_in-situ/2013/243_1966-79
imprimé le 30 mai 2016 [20:15] depuis l'adresse IP : 54.162.244.160
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