« Défigures »

La Collection en enseignement supérieur

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La conception d’une master-class dédiée à l’accompagnement d’étudiants dans une pratique curatoriale permet de valoriser et de renforcer le partenariat mené depuis cinq ans entre l’IAC et l’ENS de Lyon. Chaque année universitaire depuis 2011, cette initiation au commissariat d’exposition d’art contemporain a été pensée comme un module complet de formation, organisé avec l’équipe de l’IAC et des intervenants extérieurs, en concertation avec l’ENS de Lyon.

L’exposition s’inscrit dans le cadre de la Master-class Initiation au commissariat d’exposition en art contemporain dirigée conjointement par Sara Vitacca & David Gauthier de l’ENS de Lyon et par Nathalie Ergino & l’équipe de l’Institut d’art contemporain.
« Défigures », comme un hommage esquissé pour ces figures dérobées réunies dans l’espace de la galerie La Librairie.

Disparues, elles n’en sont pas absentes pour autant : derrière elles demeure la trace de leur passage, le souvenir fuyant qui hante leur désincarnation. Côte à côte, elles font naître une tension qui nous saisit. Pas tout à fait une injonction, pas tout à fait une description ; plutôt une formule, qui convoque cet entre-deux flottant que nous évoquent les vestiges des souvenances.
Paysage archéologique d’objets abandonnés par leurs propriétaires, The Stack, de Tony Cragg, pourrait s’envisager comme œuvre-matrice pour le cheminement proposé. Réinvestissant les laps d’un passé oublié, elle explore différentes strates d’une temporalité complexe qui ne se donne jamais dans son évidence première. Bien qu’encastré dans un bloc compact de matériaux accumulés, chaque fragment du stack recèle pourtant sa propre histoire et le souvenir de ce qu’il a été. Un dialogue s’ouvre alors avec les autres œuvres de l’exposition, dialogue modelé au gré de matériaux et techniques extrêmement signifiants (moulage, cheveux, toile de jute, plaques de verre…) et qui se présente comme le témoignage d’une figure absente, dont le souvenir pèse sur l’œuvre.
Celle-ci se découvre ainsi comme trace ou empreinte, conjuguant une approche politique et esthétique des phénomènes de résurgence et de mémoire qui la parcourent : la trace d’une histoire, la trace d’un geste, et le constat de leur désertion, comme un écho silencieux nous conviant à les interroger.

D’un côté, Été 93 de Sylvie Blocher fait ressurgir une mémoire bafouée, celle des femmes, oubliées de chaque guerre ; de l’autre, ORLAN, à travers sa série photographique Strip-tease occasionnel à l’aide des draps du trousseau, met en scène la résurgence de figures féminines iconiques, de la Vierge à la Putain. Les moulages de Magdalena Abakanowicz nous mettent face à une présence-absence où la figure se dérobe ; elle se dérobe encore dans Les Marques de l’instant (4), où des vitres additionnées nous empêchent de distinguer les visages captés par Ohanian.
Corps féminins ou masculins, disparus ou impossibles, tous posent par leur présence fantomatique
la question d’une incarnation ambiguë, sorte de palimpseste élaboré au croisement de mémoires plurielles. Traces et figures disparues sont au cœur de l’exposition, qui s’articule ainsi autour de l’insaisissable, du sentiment fugitif d’une présence qui toujours nous appelle, sans jamais s’exhiber ni se laisser circonscrire en un lieu unique.

Adèle Arghyris, Ninon Johannes, Naomi Polonsky, Léa Polverini, Juliette Stella
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imprimé le 29 mars 2017 [03:20] depuis l'adresse IP : 54.211.233.235
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