Pipilotti Rist

You Called Me Jacky

1990

[Tu m'appelais Jacky]

Vidéo
DVD-Rom
Durée : 4'04''

Les neuf vidéos acquises pour la Collection IAC, Rhône-Alpes, rendent compte de douze années de pratique (de 1986 à 1998) et constituent alors un ensemble important à travers lequel on peut discerner les principales problématiques de l'œuvre de Pipilotti Rist.
La première d'entre elles, I'm not The Girl Who Misses Much (1986), qu'elle réalise alors qu'elle étudie à Bâle, pose les bases de ses recherches formelles : la combinaison de la musique et de l'image, la manipulation de la bande, l'utilisation des défauts de la vidéo, le montage serré, la dérision… Habillée d'une robe noire profondément décolletée, l'artiste en plan serré (et flou) s'agite plus rapidement que la normale et chante d'une manière tragi-comique et obsessionnelle les paroles de la chanson de John Lennon Happiness Is a Warm Gun jusqu'à l'épuisement.
Dans Sexy, Sad, I (1987), c'est encore une chanson composée par Lennon (Sexy Sadie) qui donne son titre à l'œuvre et accompagne les images. L'artiste, qui nous montre un homme nu dans un bois en train de se débattre avec la caméra, retourne ici les codes de la « sexy girl », elle pose l'acte de filmer comme un geste de domination et renvoie ainsi au traitement médiatique du corps de la femme.
Dès 1986, les thèmes du travail de Pipilotti Rist se révèlent, et l'affirmation de l'identité féminine (autant que son questionnement) devient un motif de premier plan. Parfois celle-ci se donne à lire avec une certaine forme de radicalité, comme pour Als der Bruder meiner Mutter geboren wurde, duftete es nach wilden Birnenblüten vor dem braungebrannten Sims (1992) ou Blutclip (1994), vidéos dans lesquelles on voit respectivement une épisiotomie (sur fond de paysage d'alpages), et une représentation excentrique des jours de menstruation (sur fond d'images cosmiques et de musique rock). « Si je transforme les bons côtés du sang en images, déclare l'artiste, je peux par exemple mieux mettre en question une idée reçue comme celle des "jours impurs" que pourrait le faire une étude scientifique car les images trouvent le meilleur passage vers le subconscient, où somnolent les préjugés, et ont de cette manière plus d'effet que les paroles. » (Pipilotti Rist, entretien avec Marie de Brugerolle, Ibid.).
D'autres vidéos semblent plus légères, tout du moins dans l'usage des images. Dans Pickelporno (1992), c'est la notion du désir qui est problématisée. « Vision féminine et personnelle de l'érotisme », version tranquille et sensuelle d'un film porno, la vidéo met l'accent sur la découverte quasi microscopique du corps (à l'aide d'une caméra miniature qui navigue sur les épidermes) et sur la dimension fantasmagorique de l'image. Onirique, coloré et parfois délibérément kitsch, l'art de Pipilotti Rist joue de son ton enjoué et décalé pour affirmer l'identité féminine comme force créative et offensive.

→ Pipilotti Rist

© Pipilotti Rist / Hauser & Wirth, Zürich London

Pipilotti Rist, You Called Me Jacky, 1990 © Pipilotti Rist / Hauser & Wirth, Zürich London

IAC → COLLECTION → Acquisitions → Pipilotti Rist, You Called Me Jacky
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imprimé le 17 février 2019 [02:46] depuis l'adresse IP : 34.226.208.185
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