Daniel Steegmann Mangrané

Né en 1977 à Barcelone (Espagne)
Vit et travaille à Rio de Janeiro (Brésil)

Enfant, Daniel Steegmann Mangrané aurait aimé être biologiste, entomologiste ou botaniste. En 2004, cette fascination pour les sciences naturelles motive en partie son installation à proximité de la forêt tropicale, à Rio de Janeiro.
Bien sûr, c’est aussi la vivacité de l’art brésilien qui l’attire alors. Dans les années 1990, le jeune artiste avait découvert à la Fundació Antoni Tàpies, à Barcelone, l’œuvre d’Hélio Oiticica et de Lygia Clark. Dès la fin des années 1950, ces fondateurs du néo-concrétisme avaient subverti le formalisme trop rigide d’un constructivisme transmis au Brésil par quelques passeurs européens. L’intuition, la subjectivité et la participation du public devaient venir réconcilier des dualismes dépassés, à commencer par l’opposition communément admise entre l’objet et le sujet. Les sculptures manipulables et objets relationnels de Lygia Clark uniraient ainsi œuvre et « participant » dans une continuité organique proche de la phénoménologie de Merleau-Ponty, pour qui « le monde est fait de l’étoffe même du corps1 ».

Pour Daniel Steegmann Mangrané « s’il n’y a plus de sujets ni d’objets, il n’y a plus de spectateurs ni d’œuvres d’art, mais des processus de relations de transformations mutuelles. Des combinaisons d’agents qui s’influencent mutuellement2 ». Inspiré par la théorie du perspectivisme amérindien de l’anthropologue Eduardo Viveiros de Castro, l’artiste trouble les propriétés habituellement attribuées aux différentes catégories d’êtres. Sa rencontre inopinée avec un insecte-brindille, en 2008, est décisive. Étirée comme un bâtonnet, immobile comme une plante, l’espèce mimétique se confond avec son environnement au point de disparaître. Ce roi du camouflage, aussi appelé phasme (du grec « fantôme ») hante plusieurs œuvres de Steegmann Mangrané, filmé dans des décors végétaux ou lâché dans de grands vivariums vitrés3. Paradoxe vivant, il incarne des oppositions que l’artiste veut désamorcer : l’animé et l’inanimé, le non humain et l’humain, l’organique et le géométrique,
le chaos et l’ordre… Plus largement, la nature et la culture.

La forêt urbaine de Tijuca qui pénètre Rio n’est pas tout à fait naturelle.
« Arrangée », son exceptionnelle biodiversité hérite en fait d’interventions humaines successives, allant du lien vivrier des populations amérindiennes à la déforestation massive des colons européens, dont les dégâts précoces hâtèrent des politiques de reboisement dès le milieu du XIXe siècle. Daniel Steegmann Mangrané y a réalisé plusieurs œuvres. Programmatique, le film 16 mm (2008-2011) ouvre la danse, avec un parti pris clairement structurel évoquant l’œuvre de Michael Snow. Pour obtenir ce travelling avant qui perce la forêt, l’artiste a suspendu à un câble une caméra dont la progression a été synchronisée avec le déroulement d’une bobine de pellicule entière4. Fendant la jungle serpentine, cette droite subvertit l’histoire des lignes imaginaires : des lignes de fuite qui instituent, à la Renaissance, la convention d’une perspective centrale autoritaire, aux lignes des géomètres quadrillant le globe au profit d’intérêts nationaux – tel ce méridien choisi en 1494 par le Portugal et la Castille pour leur découpage colonial de part et d’autre du Brésil5.

La collection

Daniel Steegmann Mangrané

Spiral Forest (kingdom of all the animals and all the beasts is my name)

2013-2015

La collection

Daniel Steegmann Mangrané

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imprimé le 17 février 2019 [03:20] depuis l'adresse IP : 34.226.208.185
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