Gabriele Di Matteo

Né en 1957 à Torre del Greco, Naples (Italie)
Vit et travaille à Milan (Italie)

Gabriele Di Matteo a commencé à montrer son travail à la fin des années 1980, à travers de nombreuses expositions personnelles et collectives. Ces dernières années, différentes institutions lui ont organisé des expositions personnelles : le Museo Pecci à Milan (2014), le Mamco de Genève (2004, 2005, 2013), l'ACCA (Australian Centre for Contemporary Art) de Melbourne, Australie (2001). Il a également présenté son travail dans d'importantes expositions collectives : Nouvelles impressions de Raymond Roussel, Palais de Tokyo, Paris (2013), The Global Contemporary Art Worlds After 1989, ZKM, Karlsruhe, Allemagne (2011-2012), Seconde main, Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris (2010).

Gabriele Di Matteo travaille à partir d'images extraites de livres et de journaux, principalement des portraits, qu’il « traduit » en peinture ou en photographie. Comme chez l’écrivain argentin Jorge Luis Borges, auteur dont il s’inspire, la question de la copie traverse toute son œuvre. À l’instar du premier qui considère qu’aucun écrivain n’est « original » en soi et que tout texte est une réécriture de ce qui a déjà été écrit, Gabriele Di Matteo défend l’idée que le peintre repeint toujours le monde sans invention particulière.
Ses premières œuvres, au début des années 1980, sont des reproductions photographiques d’illustrations extraites de livres et qui sont imprimées sur toile en grand format avec leur légende. Pour effectuer ce qu’il appelle un «classement», Di Matteo procède souvent par cycles thématiques. Celui appelé Gutenberg par exemple, s’ouvre avec la reproduction d'un portrait de l’inventeur de l’imprimerie, issu de la couverture d’un livre espagnol des années 1950. À partir de cette collection de biographies destinées aux grandes figures de la culture occidentale (artistes, scientifiques, hommes politiques), Di Matteo a photographié et agrandi les couvertures comportant les portraits en couleur de ces grands hommes. Dans son travail tout est jeu de strates et superpositions : chaque objet, œuvre, personne, existe à deux ou plusieurs niveaux, en double ou multiples exemplaires. Y compris l’artiste qui existe en tant que Gabriel Di Matteo et en tant que Armando Della Vittoria, nom sous lequel il publie des revues et réalise certaines œuvres.
S’il procède par imitation, Gabriele Di Matteo introduit cependant toujours un décalage entre l’original et sa copie. En 1993, il présente une série de peintures à l’huile dont le titre La vie illustrée de Marcel Duchamp est un emprunt au peintre André Raffray qui avait donné le même titre en 1977 à ses vignettes d’un petit livre illustré. Dans une imagerie populaire, il transforme l'artiste majeur du 20e siècle en personnage "sans qualité", qui vaque à des occupations ordinaires a priori (acheter un porte-bouteilles, regarder une broyeuse de chocolat...). C’est là le paradoxe : l’artiste Marcel Duchamp qui, plus que tout autre, semble être le vrai père spirituel de toutes les générations d’artistes qui se succèdent, est ici représenté comme un peintre lambda et ses gestes réduits à des anecdotes oubliables. Au-delà d’un simple plagiat, Di Matteo se réapproprie des œuvres existantes pour laisser libre cours à son imagination et désacraliser ce qui est devenu une mythologie contemporaine. Par un procédé de dédoublement et de mise en abyme, l'artiste a ensuite reproduit en camées sa propre série de peintures sur Marcel Duchamp.
Enfin, Di Matteo réactualise les débats sur la prééminence des arts (avec entre autres le célèbre Paragone de Léonard de Vinci qui consacrait la peinture comme un art supérieur à la sculpture) mais avec cette fois-ci la photographie : quel serait le médium qui se rapproche le plus proche de la vérité ? La peinture ou la photographie ? Lors de l’exposition The Blind Man en 1998 à la Bibliothèque Municipale de Lyon et à laquelle le FRAC Rhône-Alpes a collaboré, il propose l’observation de plusieurs exemplaires picturaux d’une même image : celle du portrait de Borges, vieux et aveugle, en état de concentration nécessaire à l’écriture. Il montre ainsi que la peinture est pour lui tout aussi véridique et évocatrice que l’image photographique. Cependant, il admet que chaque tableau comportera inévitablement des différences, peut-être imperceptibles, mais incontestables dans l’étalement des glacis, les empâtements et le rendu des couleurs.
Dans la même exposition, Gabriele Di Matteo a présenté des photomontages numériques qui sont des portraits, yeux fermés, et dans différents décors, de personnalités du monde de l'art. Au milieu des années 1990, l'artiste a étendu son champ de création en recourant à certains procédés comme le scanachrome (impression numérique qui permet d'obtenir une retranscription fidèle d'un document en très grande dimension), notamment pour la série I gemelli, le gemelle [Les jumeaux, les jumelles] - toujours dans la préoccupation de l'artiste autour du double et de la réplique.
Chez Gabriele Di Matteo, la falsification, tout comme la fiction, font partie de la réalité et brouillent les catégories de la création. Ainsi pose-t-il d'une manière très singulière la question de la nature de l’art, et y répond, en citant Raffray, «l'art n'est pas imitation » mais « l'imitation c'est de l'art ».

La collection

Gabriele Di Matteo

Il giardino della pittura (Le jardin de la peinture)

1993 - 1994

La collection

Gabriele Di Matteo

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imprimé le 18 décembre 2017 [00:22] depuis l'adresse IP : 54.163.61.66
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